samedi 3 mars 2012

Just Married


Pour ceux qui ne le savaient pas encore, pour ceux qui le pressentaient, ceux dans la confidence et ceux qui n’ont rien vu venir : nous voilà mariés ! Nous étions quatre à la mairie, mais heureusement un peu plus nombreux à la fête le soir. Un Français qui se marie à une Sénégalaise, à Madagascar, en présence de deux témoins Camerounais, c'est original, non ?






Awa et moi vous envoyons de grosses bises de nos contrées tropicales et vous disons à bientôt pour partager une coupe de champagne en votre chère compagnie!

jeudi 26 janvier 2012

Le parc de l'Antakarana


Ce fut la première chose effectuée en 2012. Visiter le parc national de l'Antakarana, situé tout au Nord du Pays. La particularité de ce parc est d'avoir de magnifiques "Tsingy", des formations calcaires verticales et effilées uniques au monde. La contemplation de ce beau spectacle nécessite deux heures de marche dans le parc. S'affranchir d'un droit d'entrée et être accompagné d'un guide sont également obligatoires pour jouir du lieu. 

Par mauvaise fortune notre guide désigné manquait d'allant et de conversation. On eût dit qu'il aurait préféré asseoir son derrière sur un banc et mâcher du Kat toute la journée en méditant sur des choses diverses que d'accompagner deux maudits Waza à marcher cinq heures dans les bois. Je comprends en même temps l’absurdité et la futilité de ce projet, vu d'un oeil villageois.

L'utilisation du kat est une culture importée de la corne de l'Afrique, très prisée dans le nord de Madagascar où il pousse aisément. A partir de 16h, on voit tous les hommes se fourrer des feuilles dans la bouche et les garder des heures en boule dans une joue. Cette drogue provoque chez eux un regard vide de ruminant stone et une demie face de hamster qui donnent une ambiance assez spéciale dans les rues en fin de journée. J'ai l'impression que le kat motive beaucoup les gens à travailler la journée pour ce plaisir planant du soir. Notre guide nous a avoué avoir un sacré faible pour cette plante. Fallait voir pétiller ses yeux de petit enfant quand il a évoqué l'idée d'en mâcher plein au retour de la visite

en route dans la nature luxuriante

notre petit guide assure péniblement son labeur


la "perte de rivière". Un bruit assourdissant à plus de 100m et une rivière qui disparaît dans un trou.

le trou, qui débouche finalement en mer, à 80km de là

il y a de la vie dans le parc, heureusement, seul une espèce de serpent est dangereuse à Madagascar

le plus gros mille pattes que j'ai pu voir

Awa pose devant le but de notre quête : les Tsingy !

Un beau champ de Tsingy

En route sur les tsingy. Le chemin a été aménagé par l'homme car les Tsingy sont éfilés et très très coupants.

un pont digne des films d'Indiana Jones

...et la pancarte d'avertissement qui l'accompagne, invisible dans le film...

une dernière photo pour avoir l'air cool

jeudi 12 janvier 2012

Mes meilleurs voeux

Je profite de ce premier message posté en l'an 12 de ce second millénaire après la naissance du Christ pour vous souhaiter à toutes et tous une année surprenante, captivante, dépaysante, plaisante, charmante et même excitante.
Je souhaite bientôt vous revoir tous et passer du temps en votre chère compagnie, ici et là, en France ou ailleurs.

Pour ma part, les nouvelles de la fin d'année passée et du début de celle en cours ont été riches en évènements de tout ordre. Pas toujours heureux. Tout d'abord la démission soudaine et brutale de mon ordinateur portable, fidèle compagnon depuis 5 ans, qui m'ampute en partie de mon lien virtuel avec la grande toile mondiale (et donc vous, chers lecteurs). Il n'aura pas résisté à la bataille Malgache.

Ensuite, j'ai connu quelques bobos plus ou moins douloureux, handicapant, voire emprisonnant (dans un rayon très serré autour d'un WC). De petites plaies prennent vite ici des proportions effrayantes. J'ai du coup révisé mon jugement sur les pansements, crèmes et autres désinfectants que je jugeai seulement bon à rassurer les fiottes hypocondriaques. Faut pas rigoler avec ces médecines précieuses qui peuvent vous sauver la vie.

Et enfin, le clou de la série est survenu il y a seulement quatre jours avec une inondation surprise en pleine nuit. Soixante centimètres d'eau dans la maison en moins de quinze minutes. Je ne croyais pas vivre ça une fois dans ma vie. Vous savez le fameux dilemme : si ma maison brûle, je sauve quoi en priorité ? Et bien on a vécu ça avec Awa à 1h30 du matin, ça fait tout drôle. Un vrai traumatisme qui me réveille encore en sursaut au milieu de la nuit ! Ça faisant bizarre de voir nos biens flotter au gré de leurs envies : ici une chaussure, là une bouteille, etc.

L'eau est vite redescendue et la maison était vide au matin (à part un film de boue de deux centimètres d'épaisseur), mais sur le coup, pris dans les brumes de la panique, j'ai placé quelques objets plus ou moins valeureux sur les étagères les plus hautes de notre logement, pensant que le niveau monterai sans fin. Deux mètres de hauteur me semblai une marge de sécurité très limitée. On a parfois l'impression que c'est la fin du monde quand le ciel et toute l'eau qu'il contient nous tombe sur la tête. Bref, cette nuit fut froide et sombre, sous une pluie dégringolant sans fin. A l'image de notre moral ...

état des lieux après le retrait des eaux


Depuis hier nous avons pu réaménager chez nous, avec l'impression d'être en camping et une odeur humide dans la narine. Mais le soleil brille par intermittence et nous avons finalement perdu moins d'affaires que prévu. Le moral revient doucement. Mais c'est pas facile, quand même, la vie sous les tropiques !


Restons tout de même objectifs : ces rudes aléas de démarrage ne sont que le présage d'une fin d'année au zénith du bonheur. Je vous laisse imaginer les joies immenses que je connaîtrais au mois de décembre prochain !

Paré pour la saison des pluies
Voilà donc le contact rétablit entre nous après cette absence due aux circonstances spéciales. A plus dans un prochain message, j'ai encore quelques aventures croustillantes à vous raconter...

jeudi 1 décembre 2011

Les petits boulots

A Madagascar comme dans beaucoup de pays, le marché du travail n'est pas très formalisé et une large partie de l'économie passe dans l'informel. Des milliers de gens ont des micro business, des petits boulots, des activités diverses pour essayer de gagner leur croûte. Certain cumulent aussi les boulots pour arrondir les fins de mois.

On trouve une grande variété de spécialisations professionnelles dans différents domaines. La branche phare, c'est bien sur le commerce, représenté majoritairement par les petits vendeurs ambulants, nomades de la profession et sûrement les moins bien lôtis. Certains possèdent une petite table où étaler leur produits, déballés chaque matin, disposés au cours d'un rituel bien codé, époussetés régulièrement puis remballés chaque soir. Ce sont des détaillants de l'extrème qui vendent les cigarettes au bâton, les chewing gum à l'unité et du crédit téléphone à partir de 8 centimes d'euro pour envoyer un sms...


Un immense classique du coin est le stand de beignets et de sirop. C'est l'activité professionnelle de la moitié des mères de famille. Une petite table, un petit tabouret, beaucoup, beaucoup de patience, et c'est parti. On en recense un tous les 200m. Pas très original, mais avec ça, aucun risque de mourir de faim ou de soif sur la route.


Un autre classique est le mythique pousse-pousse (déjà objet d'un post dans ce blog). Ils sillonent sans cesse les rues, impossible de passer 3 min sans en croiser un. Chez les pousse-pousses aussi le myméthisme est de mise. Après 200 jours à Majunga, je n'en ai jamais croisé un seul différent de ce modèle :


Existe aussi une miriade de petits réparateurs magiciens qui font du neuf avec du vieux.
Tout se récupère, se retape, se répare. Les bidons de pétrole, une fois découpés et aplatis, font des tôles pour la construction. L'aluminium est refondu pour faire des marmites. On refait au complet les carroseries de 4L. On rachète même les bouteilles de plastique vides...
Jeter est vraiment un geste ultime, des moins naturel, survenant seulement une fois que la réutilisation d'un objet en miettes s'avère strictement impossible. Et encore. Je ne compte plus à l'atelier les cartouches de silicone vides et les forêts cassés qu'on a pas osé jeter. Ce comportement rend la société Malgache très écologique et démontre le faible matérialisme des gens.


Pour terminer, je vous ai fait une sélection de petits métiers insolites, que je complèterai au fur et à mesure :

Loueur de pèse-personne

(photo à venir)

L'homme voiture


Vendeur de montres d'occasion


Fabricant de tampons administratifs, falsifiés ou non

dimanche 20 novembre 2011

Vacances en famille

Le long silence de plus d'un mois sur mon blog s'explique en partie par 3  semaines de vacances en famille qui ont bien rempli mon temps. Merci à Papa, Maman, Christian et Mijo pour être passer nous voir et avoir passé de si bons moments ensemble. Voici un bref aperçu de nos aventures :

en pousse-pousse à Antsirabe
restauration rapide de bon matin à Fianarantsoa
en route dans le fameux Train FCE vers l'océan Pacifique
La vue du train, la 1ere classe était bondée de Wasa
En pirogue sur le canal des Pangalanes
En route du Sud vers le Nord : 1400 km de route en 2 jours et demi
Visite des plantations de cacao, vanille, poivre, ilang ilang et canelle, à vélo.
Arrivée en pirogue sur l'île (paradisiaque) de Nosy Comba
et finir en mangeant un bout au bord, à Mahajanga !
Ca nous a fait très plaisir d'avoir de la visite, alors surtout n'hésitez pas à venir, ceux qui hésitent. Il vous reste encore 5 mois pour vous décider...

lundi 24 octobre 2011

Sakafo Gasy

Le Sakafo Gasy, c'est la cuisine Malgache qu'on prépare dans les familles et les petites gargottes de quartier.

Les déclinaisons de plats sont assez simples et toujours composées autour d'un aliment omniprésent : le riz. Je dirais que c'est même plus qu'omniprésent, c'est obsessionnel. Une assiette Malgache digne de ce nom comporte au moins 90% de riz. Une véritable montagne blanche et fumante solidement posée dans une large assiette creuse. A coté de cette pyramide, une petite sauce chichement répartie entre les convives aide à avaler le repas.
Les sauces sont bien souvent composées de "brèdes", nom générique pour des feuilles de magnioc, de chou chinois ou autres plantes locales, accompagnées d'un petit morceau de zébu, de poisson ou de minuscules crevettes.




La pauvreté justifie en partie ce régime bouratif et peu diversifié, mais pas seulement. Les goûts culinaires des Malgaches sont très simples et obstinément focalisés sur la monodiète de riz. Pourtant, nous sommes dans un pays où la moindre graine ne demande qu'à germer, où les manguiers poussent comme du chiendent et où les papayers croissent au rythme de un mètre par mois. La diversité des climats et des paysages rend disponible au marché une incroyable variété de produits : cocos, mangues, bananes, pommes, fraises, mûres, ananas, et milles autres fruits exotiques descendus droit du paradis. Il est facile de se procurer pour une bouchée de pain de la viande de mouton, de chèvre, du canard et du zébu; des crevettes, langoustes, calamards et autres superbes thons. Il y a même du foie gras, c'est dire !

Bref, les Malgaches s'accomodent bien du riz et de plats simples. C'est le ventre plein qui prime toujours face à la richesse des saveurs, aux vitamines et à la variété. A tel point que les gens se sentent frustrés devant une assiette sans riz et considère avoir mal manger si cet ingrédient n'est pas au menu.... ca doit laisser une sensation de vide désagréable, je suppose.

Mais je dépeins là un tableau trop sombre de la cuisine Malagache. Sur la côte Est, on mange de délicieuses soupes empruntées à la culture Asiatique, car cette façade du pays est résolument tournée vers cette partie du monde. Sur la côte Ouest où nous habitons, orientée elle vers l'Afrique et l'Arabie, on déguste de délicieuses brochettes de zébu braisées accompagnées de magnioc grillé.
Et puis personnellement j'ai un petit faible pour le koba, gâteau caramélisé à base de riz (évidement!) et de cacahuètes, cuit enroulé dans une feuille de bananier. Délicieux...


samedi 8 octobre 2011

Road trip to the south

Avec le travail, je voyage souvent et il y a deux semaines nous nous sommes rendus dans la région de Tuléar, au sud du pays, pour un chantier chez un particulier.



Cette opportunité me donna l'occasion de traverser le pays d'un bout à l'autre ou presque, et d'apprécier l'incroyable variété de paysages qu'on y trouve. C'est un moins l'avantage de se taper 36h de route non-stop. A l'aller, nous étions deux au volant à nous relayer, c'est facile. Au retour j'ai rentré la voiture tout seul. Eh ben c'est long, 36h de conduite seul et presque sans arrêt !

la route Majunga-Tana

Bref, je connaissais déjà plutôt bien la section de Majunga jusqu'à Tana, la capitale, et ca tombait bien, puisqu'on roula toute la nuit. Arrivés de bon matin à Tana et après un petit déjeuner au foie gras, nous reprîmes la route pour de la découverte cette fois.

La prochaine grosse étape est Fianarantsoa à une journée de route, autant dire pas très loin. Entre ses deux villes, le pays est très montagneux, et la petite route nationale (grande comme une départementale Ardéchoise) serpente par monts et par vaux. On appelle cette région les hauts plateaux. Les paysages verdoyants de rizières en terrasse, de forêts de pins, de rivières, de rochers tombés du ciel sont superbes.

En route de Tana à Fiana

Les habitants du coin sont très sales et ont l'air horriblement pauvres. On croise parfois un attroupement de gens qui poussent dans une montée un chariot plein à craquer de produits agricoles. Ils sont jusqu'à 5 ou 6 à s'échiner, femmes et enfants compris. Un travail de bête de somme, en somme. On se croit revenu au moyen-âge.

On me confirme dans la voiture que ce sont des bosseurs dans le coin et qu'ils ne sont pas réputés pour suivre de près la mode. Ils vivent dans des maisons miniatures de 1m50 de plafonds, souvent à un étage. On voit parfois une tête sortie d'une minuscule fenêtre à 1m du sol, c'est très rigolo.

Un fait marquant : pendant tout le trajet d'un bout à l'autre du pays, on est en quasi permanence accompagnés par des feux de brousse, à droite, à gauche. Le pays brûle litérallement. Et cette vieille habitude culturelle détruit toute la forêt de Madagascar, c'est très grave.



Nous roulons toujours. On passe au milieu de la nuit dans des coins complètement paumés dans les montagnes, il fait froid. On peut rouler presque 1h sans croiser la moindre petite lumière qui indiquerait trace de vie. Drôle d'ambiance sur la route qui est sensée desservir la moitié Sud d'un pays de 16 millions d'habitants !

C'est là qu'on se rend compte que les Malgaches ont encore un style de vie très simple, autonome et même autarcique. Pour sûr, c'est le pays le plus écologique du monde. Quasiment pas de moteurs, pas d'électricité sur des centaines de km, de l'agriculture vivrière partout. Les gens n'ont besoin de rien et ne dépendent de personne pour vivre. Quand on s'écarte du goudron, on passe dans des zones où l'on se dit que rien n'a changé ici depuis des siècles. Vraiement.

Enfin arrive la dernière ligne droite : 12h de route entre Fianarantsoa et Tuléar. On roule seuls à travers des paysages magnifiques, des montagnes ouvertes, des canyons et des déserts. Difficile de fixer la route quand un tel spectacle se déroule sous vos yeux !


Il n'y a presque personne sur la route. On passe des petites villes champignons, sortient de terre subitement il y a un peu plus de 10 ans. Le sous sol du coin regorge apparement de pierres préciseuses. On voit par endroit que la terre est un vrai gruyère, trouée partout par des milliers de tentatives de fortune, par l'espoir d'un avenir meilleur, exprimé à coups de pioches répétés.

Welcome to Ilakaka, célèbre ville minière Malgache
Ces villes, bardées d'écritaux d'acheteurs de pierres (des établissements d'achat sont collés les uns aux autres le long de la rue centrale), puent la misère et l'ambiance gloque. Les mines défaitent des gens venus faire fortune dans le grand sud désertique sont marquantes. Ces gens creusent leur misère à la pelle et à la pioche, espérant leur tour de chance, comme on joue à la loterie.

entrée du parc de l'Isalo

Finalement nous arrivons à Tuléar de bon matin, terminus du voyage. La ville est plus petite que Majunga, plus bordélique et plus en ruine encore. Les ethnies Vezo et Antandroy habitent les environs. Hommes grands, droits, à la peau rouge, ils impressionnent. Les Vezo sont pêcheurs nomades, les Antandroy pasteurs.

Les traditionnelles voiles carrées Vezo

Ils sont réputés pour être fiers et n'avoir besoin de personne. Dans la brousse en croise marchant à coté de leurs zébus, une sagaie de 2m à la main ! L'impression est marquante quand on les voit, la tête haute et le regard droit. Ils me rappellent parfois le peuple Peul, ces nomades d'Afrique si proches de leur troupeaux...

Mais un gros chantier nous attend, pas le temps de flanner comme des touristes. Au boulot !